Communauté de paroisses Sainte-Hélène du Hérapel
92ème session des Semaines Sociales de France

Quelle Europe voulons-nous ?

Paris les 18 et 19 novembre 2017
samedi 25 novembre 2017 par Jacky

Comme chaque années, notre curé l’abbé Gérard a participé aux Semaines Sociales de France. ci-dessous, les propos qu’il a recueillis et qu’il souhaite partager avec nous :

Les Semaines Sociales de France (SSF) sont nées en 1904, à l’initiative de deux catholiques laïcs, le lyonnais Marius Gonin et le lillois Adéodat Boissard, afin « de faire connaître la pensée sociale de l’Eglise, de l’appliquer et de l’adapter aux problèmes de notre temps » et pour améliorer la condition ouvrière dénoncée comme inhumaine par le pape Léon XIII dans son encyclique « Rerum Novarum » (1891). La première session eût lieu à Lyon en 1904 (on attendait 200 personnes, il en vint 450).
En termes d’audience, les SSF culminent à la session de 1964 avec 5400 participants. En 2004, au centenaire, la session de Lille réunira plus de 5000 personnes dont 1000 européens.
Les derniers présidents furent Jean Boissonnat (1995-2000), Michel Camdessus (2001-2007), Jérôme Vignon (2007-2016), et actuellement Mme Dominique Quinio.

Lors de cette 92e session des SSF, nous étions plus de 1500 personnes à nous retrouver à Paris pour évoquer le futur de l’Europe.
Le ministre des affaires européennes, Nathalie Loiseau, qui est intervenue dimanche le 19 novembre, n’a pas été la seule à saluer ce qui peut apparaître comme une prouesse.

L’Union Européenne (UE) traverse depuis plusieurs années une crise multiforme : crise de la solidarité (crise grecque, crise des réfugiés), financière, économique et sociale ; crise politique avec la montée des populismes, de la sécurité avec le terrorisme, enfin crise de citoyenneté avec un désarroi croissant des européens envers les institutions de l’UE.
Les SSF n’ont pas fait l’économie de ce constat lucide et des inquiétudes, parfois contradictoires, qu’il peut susciter. Mais il faut aller de l’avant.
« Un chemin de refondation européenne est indispensable, a dit le ministre Nathalie Loiseau, pour que l’Europe offre davantage de sécurité, maîtrise les flux migratoires et mène sa transition écologique et numérique ». « Paris a émis plusieurs propositions, a-t-elle rappelé, comme la convergence sociale et fiscale accrues, relance d’une Europe de la Défense, renforcement de la zone euros… ». Elle a souligné qu’un « Brexit sans accord avec l’UE ne peut plus être exclu ».
Revenir aux fondements de l’humanisme européen.
Les débats ont convergé vers une idée phare : seul un surcroît de solidarité européenne permettra de relever les défis. « Il nous sera possible de rester à la table des décideurs mondiaux si nous, Européens, agissons ensemble, a plaidé Michel Barnier, chargé des négociations de sortie de l’UE pour le Royaume Uni. Sinon, le « chacun pour soi » nous fera devenir des sous-traitants des chinois et des américains ».
Dominique Quinio, présidente, conclura le week-end en disant que les SSF appellent à une Europe plus démocratique, plus solidaire et elles prônent le retour aux fondements de l’humanisme européen. Le chapitre social occupe une place importante, avec quelques priorités explicitement mentionnées (durée minimale du travail pour lutter contre les petits boulots mal payés et la protection des travailleurs). Et cela,
« A la double invitation du pape François aux chrétiens pour qu’avec d’autres, ils donnent un nouveau souffle à l’Europe et à l’invitation des autorités françaises à participer à l’élaboration de cet avenir renouvelé ».

Pour ma part, j’ai apprécié également le bilan fait par Enrico Letto, ancien premier ministre italien, président de l’institut Jacques Delors. Pour lui, l’objectif de la paix reste toujours valable pour l’Europe. Il rappelle que dans l’évolution de la population, bientôt 10 milliards d’habitants, les 7 milliards supplémentaires ne sont pas européens, mais asiatiques, africains, américains, avec des valeurs politiques et humaines différentes. Nous avons, en Europe, à garder et à promouvoir ces valeurs humaines que nous portons et qui sont uniques : « On a perdu le sens de construire des cathédrales, un projet pour nos futurs enfants ». Ce que nous ont laissé nos prédécesseurs, ces valeurs européennes durement conquises, à nous de les transmettre en aidant nos successeurs à les faire vivre et évoluer.
Le défi aujourd’hui est culturel et pédagogique.
« Nous, Européens, sommes enfants (d’une même famille) dans chaque ville d’Europe ! »
L’Europe ne parle plus aux travailleurs, aux campagnes, qui éprouvent cette grande distance avec l’Europe, comme un oubli voir un mépris. Cela se traduit dans les votes populistes.
Le futur est une collaboration entre pays. Chaque pays doit faire un pas. C’est cela la force de Bruxelles.
Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique, nous a parlé de de la question migratoire qui a révélé la fragilité de l’Europe. Cette migration est considérée comme invasive (idée perçue par les pays et l’extrême droite). « L’hospitalité n’est plus une valeur politique en Europe ».
Mgr J. Pierre Grallet, représentant de la France à la COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté Européenne) et ancien évêque de Strasbourg, a rappelé l’historique de l’UE : « le 25 mars 1957, lors de la signature du traité de Rome qui donnait naissance à la Communauté Européenne, toutes les cloches de Rome sonnaient !
« Par sa doctrine sociale, notre Eglise peut contribuer au bien commun de l’Europe ». Cinq principes de la doctrine sociale : la dignité de toute personne humaine, le bien commun, la solidarité, la destination universelle des biens et le principe de subsidiarité (responsabilité au plus près des situations).

La COMECE fondée en 1980 veut être pour l’Eglise un interface de ce qui se fait à Bruxelles et à Strasbourg.
D’autres prestigieux intervenants furent présents. Notamment Mme Denise HOUPHOUËT –BOIGNY ambassadeur, délégué permanente de la Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO et membre exécutif. Emelyn Weber pour la JOC, Nicole Gnesotto professeur spécialiste des questions stratégiques européennes, Jean-Marc Ferry, professeur titulaire de la chaire de philosophie de l’Europe de l’université de Nantes… et bien d’autres !
Une des grandes conclusions est que l’Europe doit veiller à mieux communiquer sur ce qu’elle fait, se faire entendre, aller dans les campagnes, sur le terrain. C’est le travail des députés européens de faire connaître le travail de Bruxelles.
Organiser des conventions démocratiques en France et en Europe pour donner la parole aux citoyens. Un appel fut fait en ce sens aux SSF pour y participer.
Concernant le gouvernement de l’UE, il s’agit de mettre en place une autorité qui favorise la coresponsabilité des chefs d’état, car eux et eux seuls font les lois européennes.
En finalité, l’enjeu est de proposer et de défendre, à travers la vision européenne, la « sacralité de la personne humaine ».

Je ne peux qu’inviter chacun et chacune à participer à la session des SSF de l’an prochain. L’enseignement y est riche, le partage profond, l’ambiance bien sympathique et fraternelle !

Propos libres recueillis par l’abbé Gérard ZAWADZKI

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